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Section Privée

Fiche thématique

Lorsque la nourriture

devient un enfer au

quotidien

Cette fiche thématique est consacrée aux troubles alimentaires et leurs incidences dans la vie de l'individu


Bonne lecture,

Florence Bierlaire, psychothérapeute-sexologue-tabacologue



Pour certains, l'acte de manger peut devenir une préoccupation de tous les instants, un besoin irrépressible d'y avoir recours, de jour comme de nuit. La nourriture perd ainsi tout son charme gustatif pour ne plus être qu'un sujet obsédant, aliénant…

Quels sont ces troubles alimentaires qui atteignent certains individus au plus profond de leur être, physiquement et psychologiquement ?

Quelle que soit la personne qui en souffre, quelle que soit la plainte, la personnalité du sujet ou la situation familiale, il ne faut pas perdre de vue que chaque cas est particulier même si le symptôme est commun.


I. Les troubles :

Passons en revue les différents troubles :

1) L'hyperphagie :

L'étymologie du terme évoque le fait d'engloutir de grosses quantités de nourriture.

A la différence de la boulimie, elle peut être plus ponctuelle, plus occasionnelle et peut présenter une prédilection pour certains aliments.

Elle peut aussi se traduire par le fait de manger de tout mais en plus grosses quantités.

Autre différence de taille : les hyperphages ne se font pas vomir ! On comprendra, dès lors, qu'ils sont souvent enclins à l'obésité.

Des consultations diététiques et un encadrement professionnel approprié peuvent grandement aider la personne souffrant de ce trouble.


2) Le grignotage :

Ici, les quantités sont moindres mais régulières et jalonnent la journée comme la soirée.

On l'associe souvent à l'ennui, l'anxiété, l'angoisse, le stress… Qui ne l'a jamais connu ?...

Ponctuel, il ne prête pas à conséquence ; s'il devient compulsif et automatique, il est, dès lors, important de s'interroger sur ses raisons et de faire éventuellement appel à un thérapeute.

On grignote, généralement, ce qui est facile d'accès, que ce soit salé ou sucré, peu de sélection a priori !
Ces petites quantités de ci, de là entraînent en fin de journée un apport calorique souvent considérable.


3) Les " addicts " au sucre :

Là, on retrouvera des personnes (souvent des femmes) qui vont absorber massivement des aliments sucrés.

Là aussi, l'absorption est souvent liée à l'ennui, le stress, la période de menstruation, les saisons hivernales…

Le fait de consommer des aliments sucrés donnent à certains l'impression de refaire le plein d'énergie.
Tous les consommateurs excessifs de sucre ne font pas des obèses, parfois même leurs repas sont moindres que ceux pris par la plupart des gens.

Remarque :
Cas particulier de la chocolatomanie :
Certains consomment exclusivement du chocolat comme " petite douceur ". Aliment stimulant, il est réputé aussi antidépresseur… de là, peut-être, la difficulté de se dissuader à en consommer.


4) Excès d'aliments salés :

Les raisons qui amènent à une consommation excessive d'aliments salés sont, probablement, les mêmes que pour le sucre, seul le choix de l'aliment est différent.
! Personnes souffrant d'hypertension… s'abstenir !


5) La boulimie :

Comment imaginer la souffrance d'un individu qui ne sait se mettre à table sans arrière pensée ; qui ne peut se promener dans la rue sans guetter les boulangeries et autres magasins d'alimentation ; qui ne peut accepter une invitation sans être en proie à une angoisse insoutenable ?

" Bouffer " ou " Ne pas bouffer ", telle est l'obsession de chaque instant.

La boulimie se caractérise par des " crises " où la personne engloutit des grandes quantités de nourriture de façon tout à fait incontrôlable… Et ce, malgré la hantise de voir cette nourriture se transformer en graisses. Souvent, les accès se font en cachette, dans la honte et la culpabilité. L'élément déclencheur d'une crise peut être variable : pour compenser les tensions d'une journée de travail, pour pallier à une contrariété…
Un intense dégoût de soi, physique et psychologique, vient ponctuer les crises mais n'empêche pas la suivante.
La fréquence des accès est variable : de plusieurs par jour à quelques-unes par semaine ou par mois. Quoi qu'il en soit, cela n'enlève rien au caractère pathologique de ce trouble.
En dehors des crises, la tendance est plutôt de manger très peu, d'être limite anorexique.

La boulimie n'entretient aucun lien avec la gourmandise qui elle, est davantage liée au plaisir. Le goût intervient très peu dans un accès boulimique.
Le caractère bourratif, la facilité d'absorption, la rapidité de consommation sont des critères qui retiennent plus l'attention que le plaisir.
Les aliments sont engloutis rapidement ; à peine sont-ils mâchés. Il en va ainsi jusqu'à l'écoeurement, jusqu'à la saturation.

La personne souffrant de ce trouble est souvent démolie psychologiquement et physiquement. L'estime de soi est au plus bas dans cette perte de contrôle absolue.

Rationnellement, le sujet connaît les effets néfastes sur sa santé mais tout comme le fumeur, il ne s'en soucie guère lorsque la crise arrive.

5.1. Conséquences physiques de ce trouble et des vomissements volontaires qu'il entraîne :



5.2 : Eléments psychologiques fréquemment associés à ce trouble :

La boulimie est un trouble qui a malheureusement tendance à s'auto-entretenir et à s'auto-renforcer.
Si certains se retirent du monde, d'autres atteignent parfois des sommets socialement et professionnellement mais cela n'empêche pas une grande souffrance intérieure.

Si nous prenons une des références les plus connues qu'est le DSM IV, les critères diagnostics des mangeurs compulsifs tournent autour de :

a. Episodes récurrents de frénésie alimentaire ;
b. Au moins 3 indicateurs comportementaux suivants : rapidité, douleurs abdominales,
absences de sensations physiques de faim, isolement, culpabilisation, dévalorisation et dégoût ;
c. Source de détresse marquée ;
d. Au moins 2 épisodes boulimiques par semaine en moyenne pendant une période de 6 mois ;
e. Ne survient pas uniquement pendant le cours d'une boulimie nerveuse, anorexie nerveuse ou par abus de médicaments amaigrissants.

 

6) L'anorexie ou le défi lancé à la mort :

Les personnes souffrant d'anorexie et de boulimie ont ceci de commun : le choix d'un trouble alimentaire pour faire face aux tensions internes. On peut retrouver chez les deux types de patients un climat familial assez similaire : pressions parentales qui font qu'on est trop ou pas assez quelque chose ; une surprotection…

Ce qui les distingue cependant foncièrement, c'est que plus la personne boulimique s'enfonce dans son mal, plus elle en souffre alors que plus la personne anorexique s'enfance dans son mal, plus elle s'en trouve puissante et exaltée.

Si le boulimique envie l'anorexique, ce dernier n'enviera jamais le premier.

La définition clinique de l'anorexique paraît assez évidente : restriction alimentaire sévère, exclusion totale de certains aliments, parfois refus pur et simple de s'alimenter.

La personne souffrant de ce trouble n'arrive à vivre qu'en défiant la mort. Prendre le moindre gramme est devenu le sujet d'une angoisse profonde et aliénante. En cas de dérapage, les astuces sont variées : on y retrouve les vomissements, les médicaments (laxatifs, coupe-faim ou anorexigènes), une pratique intense du sport…

Le sentiment résultant du jeûne prolongé est un sentiment de puissance et une impression de planer.
Le phénomène s'explique en partie physiologiquement : le jeûne favorise la sécrétion par le cerveau d'endorphines (hormones apaisantes).

La personne souffrant d'anorexie ne voit pas son comportement comme autodestructeur ; elle y trouve davantage une sorte de jouissance. Dépasser cette épreuve de force qui est de rester sur sa faim, valorise et réconforte l'estime de soi.

6.1. Conséquences physiques de ce trouble :

Outre l'amaigrissement massif, on retrouve :

6.2. Eléments psychologiques fréquemment associés à ce trouble :

Bien que se trouvant non dépressif, on retrouve chez le sujet certaines analogies avec la dépression : perte de concentration, troubles de la mémoire, agitation anxieuse, troubles du sommeil…
! En dehors de cela, l'anorexique se trouve bien !


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II. Les racines du mal :

Les troubles étant passés en revue, voyons un peu quelques éléments possibles du dérapage.

Dissimuler un mal-être, taire les tourments, fuir les conflits intérieurs ne peuvent qu'aller de pair avec l'apparition d'un symptôme.

Parmi les racines du mal, on peut trouver :


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III. S'en sortir :

Un travail thérapeutique veillera d'abord à éviter que le symptôme ne s'installe et d'arrêter le tourbillon macabre dans lequel les patients s'enferment souvent.

Il est clair que tout symptôme est comme une sorte d'exécutoire qui protège de certains conflits intérieurs. Il sera donc essentiel d'y aller en douceur et de veiller dans un premier temps à aider l'individu à s'identifier, à exprimer ses émotions, à augmenter son estime de lui-même.

La thérapie n'exclut pas le rôle essentiel du diététicien ou du nutritionniste.

Le travail en groupe peut également être un complément enrichissant qui, tout en aidant à la prise de conscience de son fonctionnement compulsif permet aussi une dédramatisation ainsi qu'une reconnaissance.

" Le but de la psychologie est de donner au malade la possibilité de découvrir ses propres capacités, ses ressources, ses aptitudes intérieures à penser, juger, sentir… "

Hilde Buch

L'hypnose ericksonienne est un outil thérapeutique, qui peut avoir une place importante dans la restauration de l'estime de soi, dans l'encouragement à se faire plaisir, dans l'apprentissage d'être à l'écoute de ses sensations corporelles.

Un processus de renforcement sera ensuite mis en place en vue d'enraciner tout changement positif chez le sujet.

 

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IV. Et les régimes dans tout cela ?

Les régimes aberrants et complètement déséquilibrés qui favorisent tel type d'aliment au détriment de tel autre sont inéluctablement source d'échec à long terme.

Tout régime peut être considéré comme préjudiciable si :

Pour retrouver un poids harmonieux, différents critères devraient être pris en considération :

- La santé (objectif principal non centré sur les kilos)
- L'équilibre alimentaire (méthode acceptable, repas régulier, diversité des aliments)
- L'amélioration du bien-être (approche multidimensionnelle)
- L'hygiène et le rythme de vie
- La présence ou non d'exercices physiques
- L'effet " yoyo "
- Le coût
- La présence ou non de compulsion ou d'insatisfaction personnelle
- Appui de l'entourage (idéalement sans pression, ni jugement)
- Un objectif réaliste de poids.

Reprécisons que par objectif réaliste, nous entendons :

  • Une perte de poids limitée, graduelle et suivie ;
  • Souhaitable sur un plan médical, biologique ;
  • Tolérable sur le plan social et psychologique.

 

et par diététique équilibrée, nous entendons :

  • Une réduction calorique modérée ;
  • Des modifications qualitatives ;
  • Des modifications souples, négociables ;
  • Une source d'information correcte.

Nous pourrions donc dire que le travail sur soi sera un compromis entre le nécessaire, le souhaitable et le possible.

IV.1. Quelques règles d'hygiène de vie :

- Ð Apprendre à s'accepter : partir de ce que l'on est et non pas de ce que l'on voudrait être !
- ÐSe donner le droit au changement, se donner la permission de mincir
- Ð Apprivoiser ses résistances : passer d'une couleur à une autre que l'on préfère en douceur. En changeant, nous perdrons certains avantages au profit d'autres avantages et nous perdrons certains inconvénients au profit d'autres inconvénients…
- Ð Maîtriser plutôt que contrôler
- ÐRespecter un espace rien qu'à soi, apprendre à mettre ses limites
- ÐEviter d'être trop restrictif avec soi-même
- ÐPrendre soin de soi au quotidien
- ÐNe pas regardez constamment vers le sommet ce qu'il reste à parcourir mais se féliciter à chacun de ses pas au fur et à mesure de son évolution
- Ð Viser la régularité plutôt que la quantité dans ses changements quotidiens
- Ð Eviter de se peser trop souvent : ne pas laisser les idées de surpoids et de régime envahir tout son esprit
- ÐParcourir les besoins qui influencent la prise alimentaire (besoin de réconfort, besoin de préserver sa liberté personnelle…) et réfléchir sur ce qu'on est prêt à faire pour les respecter autrement.


IV.2. Quelques règles d'hygiène alimentaire :

- Ð Prendre le temps de manger assis, au calme et de mastiquer lentement ;
- Ð Prendre un bon petit déjeuner ;
- Ð Eviter de sauter les repas ;
- Ð Eviter de se reservir aux repas ;
- Ð Réduire votre consommation de sucre ;
- Ð Apprendre à cuisiner avec très peu de matières grasses, laisser davantage de place aux grillades !;
- Ð Consommer des fibres chaque jour ;
- Ð Accorder une place suffisante aux fruits et légumes ;
- Ð S'autoriser une douceur par jour et la délecter ! Si on prend un morceau de chocolat, le laisser fondre tout doucement dans la bouche ;
- Ð Faire ses courses à partir d'une liste établie à l'avance ;
- Ð Eviter les boissons sucrées ;
- Ð Eviter les grignotages et prévoir plutôt une ou deux collations dans le courant de la journée ;
- Ð Garder à l'esprit le côté agréable et convivial de la nourriture ;
- Ð Lors d'une invitation, faire honneurs aux plats plutôt qu'aux mises en bouche et remplacer les apéritifs (plus riches) par du champagne, du mousseux et du vin. Idem pour les digestifs et autres alcools. Maintien du poids et vie sociale ont le droit de coexister !


Article écrit par Florence Bierlaire
Psychothérapeute-sexologue-tabacologue
Clinique Antoine Depage
Rue Henri Jaspar 101
1060 Bruxelles
Tél. : 02 538 61 40
Courriel : florence.bierlaire@brutele.be